samedi, 30 juillet 2005

Deux Allemagne

La Bavière et la Rhénanie du Nord-Westphalie refusent l'application de la réforme orthographique tant que le Conseil pour l'orthographe n'aura pas tranché à propos des pans provisoires des nouvelles règles.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=314498

Commentaires

2005-07-30 03:53:14
Siganus Sutor
Néandertaliens et Néanderthaliens semblent lancés dans une fratricide guerre du feu*. Bah, ça débouchera peut-être sur une nouvelle réunification…


* http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2253047414/qid=1122709709/sr=1-1/ref=sr_1_10_1/171-8147764-6121025

2005-07-30 04:12:25
Dominique
Dans l'article cité à la note précédente pour la situation suisse, on apprend que le canton de Berne fait exception. Or c'est le canton le plus peuplé. En outre, même si c'est un canton germanophone, il comprend dans sa périphérie une forte minorité francophone qui doit apprendre aussi l'allemand à l'école exactement comme dans les cantons bilingues (Valais, Fribourg) ou unilingues (Vaud, Jura, Neufchâtel, Genève).

2005-07-30 04:27:01
Siganus Sutor
Finalement, quand on y pense, la Confédération helvétique a réalisé une mini-Europe longtemps avant l'Union européenne. Un exemple dont on aurait pu s'inspirer à Bruxelles ?

2005-07-30 12:00:38
Dominique
La Suisse est de plus en plus divisée. Lors de la votation pour l'ouverture de négociations avec l'Union, les cantons francophones et ceux de Bâle étaient pour, mais pas les cantons germanophones. L'enseignement de l'anglais prime désormais sur celui du français dans les cantons germanophones qui ne sont pas limitrophes de la Sarine. Le poids des Latins n'a cessé de reculer dans l'administration fédérale. Le dernier ministre vraiment trilingue est parti. Les italophones ne pèsent presque plus rien dans l'administraton et la seule Romanche ayant des compétences fédérales ignore en fait presque tout de la langue romanche, elle est en réalité germanophone mais d'origine romanche. Le déclin du romanche s'accélère malgré l'unification des dialectes. Il y a en réalité de plus en plus deux Suisses : une européenne (franco-germanique) à l'Ouest, une autre provinciale, repliée sur son dialecte et anglo-centrée à l'Est, cette dernière est en outre fortement tentée par l'extrême droite qui a pénétré au gouvernement. Le contraste est flagrant à chaque vote.

2005-07-30 12:07:05
Siganus Sutor
Et ont-ils une constitution, ces Helvètes ?

2005-07-30 12:28:13
Dominique
Et comment ! Il y a même eu une guerre civile au XIXe s. à ce moment-là.

2005-07-31 01:55:37
Siganus Sutor
Oui, effectivement, une guerre civile, dite du Sonderbund d’après le Mourre. Mais elle ne dura paraît-il qu’un mois et fit peu de victimes. On en était presque là aux alentours du 29 mai 2005, au nombre de victimes près !

Pour revenir à ces questions de réforme de l’orthographe, on peut s’interroger sur ce qui peut se passer lorsqu’un pays partageant une langue avec d’autres pays décide de changer “artificiellement” la façon de l’écrire — voire même de la parler.
Dans le cas de l’allemand, que pensent les habitants de la Suisse alémanique ou de l’Autriche de cette réforme ? Si l’Espagne décidait de modifier certains aspects de l’espagnol, y aurait-il une révolution supplémentaire en Amérique hispanique ? (Ça serait d’ailleurs plutôt ironique que disons le Mexique — plus de cent millions d’habitants — décide de certains changements qui finiraient par devenir la norme dans la majorité du monde hispanophone, Castille exceptée* !)
La langue, un domaine de plus dans lequel toute réforme descendue “d’en haut” serait quasi impossible ?


* ± 4 millions d’habitants — moins de 10 même en comptant Madrid.

2005-07-31 02:33:18
Dominique
Il existe différentes institutions qui règlent ces problèmes. Pour l'Espagne, ce sont des rencontres Espagne-Amérique latine, mais sans une organisation comme celle de la francophonie. L'orthographe courante est unifiée, cependant il existe des archaïsmes en Amérique latine : le x a été abandonné pour le j au XVIIIe s. (d'où le nom du Mexique).

L'organisation des pays lusophones a procédé récemment à quelques réaménagements.

La révision du néerlandais s'est faite avec la Flandre dans un conseil inter-étatique. Toutefois, il reste des divergences anciennes pour les noms propres (cas de ae et aa). L'afrikaans fait bande à part, ses graphies pour les noms communs remontent au XVIIIe s.

Les rectifications orthographiques de 1990 s'appliquent dans l'enseignement en Belgique, au Québec, en Suisse, et dans l'administration au Québec. Cependant, elles sont reconnues seulement en partie par les dictionnaires usuels et elles sont ignorées des enseignants français. Elles ont été approuvées par un conseil international qui représente les différentes institutions comme le Conseil supérieur de la langue française. En fait, cela concerne les quatre principaux pays occidentaux (les pays africains n'ont pas eu leur mot à dire).

Pour l'anglais, on connaît la divergence entre américain et britannique : les graphies anglaises sont moins conservatrices. Ce sont les dictionnaires ou les marches éditoriales qui font l'usage, il n'y a pas d'institution supranationale ou même nationale.

2005-07-31 02:54:25
Siganus Sutor
A lire ce qui précède, on se demande si le cas du français n’est pas celui qui serait le moins à même de déboucher sur une certaine harmonie. Un esprit particulièrement frondeur règnerait-il donc chez les héritiers de nos ancêtres les Gaulois ?
« Les pays africains n'ont pas eu leur mot à dire » : hum... Il vaut sans doute mieux laisser à M. Le Pen la possibilité d’influencer l’usage de certains mots, quand bien même le sida reste un peu plus fréquent chez les métèques habitants les restes de l’Empire.

En tous cas, le pragmatisme des Anglais semble trouver là un exemple supplémentaire.

2005-07-31 03:09:45
Dominique
Il n'y a pas d'institutions compétentes sur la langue française dans ces pays. En revanche, les linguistes de beaucoup de ces pays se sont lancés dans une vaste opération de codification et de normalisation des différentes langues nationales et d'enseignement. Le Sénégal vient seulement de finir la description des langues locales (graphies, prononciation, lexique, etc.)

2005-07-31 05:05:43
Siganus Sutor
Parce que dans ces pays il n’y aurait pas d’institution s’occupant formellement du français, cela suffirait-il pour qu’ils ne puissent dire leur mot à ce propos ? Pas même certains individus de ces pays-là ? Pourquoi faut-il toujours que ça soit les seules “autorités institutionnelles” qui aient voix au chapitre ?
Remarquez, vous avez sans doute raison de souligner que tant qu’on n’a pas encore fini de faire le ménage chez soi… Pour balayer devant ma porte d’abord, il me faut bien admettre que ce n’est que l’année dernière qu’a été publiée une “grafi larmoni” censée mettre de l’ordre dans la façon d’écrire notre langage de rastaquouère...

2005-07-31 05:40:44
Dominique
Je n'ai pas le détail des intervenants pour les rectifications, mais il a dû y avoir quelques observateurs ou consultants de pays africains. Remarquez : on n'a pas demandé non plus l'avis du Luxembourg, de l'Italie ou du Val d'Aoste, du Canada (le Québec était représenté avec l'OQLF, mais pas le Canada ou le Nouveau-Brunswick, province bilingue). De même, la réforme allemande n'a pas intégré la région Alsace (l'Académie alsacienne est une association privée), la région Lorraine, le Luxembourg, le Liechtenstein, le Danemark, la Communauté germanophone de Belgique, le Trentin-Haut-Adige.

Il faut ajouter à cela que les pays africains n'éditent pas de dictionnaires de français, qu'ils sont tributaires des grammaires ou des ouvrages pédagogiques édités en France, que la librairie y est à un état très embryonnaire. Je me contente de constater que la francophonie est à plusieurs vitesses et que bon... il y a une certaine farce derrière la mention des Africains comme prétendu atout démographique de la francophonie.

2005-07-31 16:06:03
Siganus Sutor
Dominique : « il y a une certaine farce derrière la mention des Africains comme prétendu atout démographique de la francophonie »

Surtout s’ils sont Égyptiens par exemple...

2005-07-31 16:54:50
Dominique
Comme Boutros ? Il a été moins pire que l'actuel, mais il a ouvert la voie au portnawak du genre république indépendante du Kamtchatka-subtropical déjà sous prétexte qu'il y a trois gugusses qui ont fait une alliance française dans une yourte. Je n'adhère pas au discours officiel de la francophonie et je déplore que la France avance toujours son nègre de service en se moquant de l'avis des autres États.

2005-07-31 23:43:32
Un cochon marron
Une expression me semble bien tournée et criante de vérité : « la France avance toujours son nègre de service en se moquant de l'avis des autres États. » Dans les esprits le colonialisme n’est pas encore tout à fait mort — d’un côté comme de l’autre d’ailleurs.

2005-08-01 07:35:17
Dominique
Cher Siganus Sutor, nous devons avoir les mêmes lectures : Albert Memmi.

Je pense que si l'on veut un monde multilatéral, il faut aussi accepter une francophonie multilatérale.

2005-08-01 08:38:41
Siganus Sutor
Dominique : « La révision du néerlandais s'est faite avec la Flandre dans un conseil inter-étatique. Toutefois, il reste des divergences anciennes pour les noms propres (cas de ae et aa). L'afrikaans fait bande à part, ses graphies pour les noms communs remontent au XVIIIe s. »

Sur les hauteurs de la ville de Paarl, au NE de Kaapstad (Cape Town), se trouve un monument élevé en l’honneur d’une langue. Il paraît que c’est le seul de son genre au monde. M’étant rendu pour la première fois en Afrique du sud il y a un an, une chose m’a surpris (et gêné) : le nombre de Bantous parlant l’afrikaans, la langue des Afrikaners. Je ne dispose d’aucun chiffre, mais cela ne m’étonnerait pas qu’il y en ait davantage qui le parle plutôt que l’anglais (c’est d’ailleurs le cas en Namibie).

Sur Robben Island se trouve par contre un trou : une carrière de calcaire. Dans cette carrière, nombre de prisonniers politiques ont effectué des travaux forcés. Le guide explique que cet amphithéâtre réalisé de main d’homme fut connu comme “l’université” car c’est là que les dirigeants de l’ANC et autres mouvements interdits discutaient de ce qu’ils feraient s’ils arrivaient au pouvoir. Et parmi les questions abordées, celle-ci : que faire de la langue des Boers.

2005-08-01 08:45:58
Dominique
Le seul monument pour une langue ? Vous n'avez donc pas lu la note que j'ai consacrée dans ce blogue-ci au sujet de l'arménien !

2005-08-01 08:49:18
Siganus Sutor
Non. Mais comme vous le dites vous-même, c’est écrit petit !

2005-08-01 09:16:07
Dominique
Réjouissez vous ! Je viens d'ouvrir le nouveau blogue (on verra pour l'aménager ensuite).

2005-08-01 09:18:32
Siganus Sutor
...et puis c’est ce que disent les Sud-africains dans leurs brochures touristiques... Comme ils ont longtemps vécu repliés sur eux-mêmes... Et si ça se trouve la plupart d’entre eux n'ont jamais entendu parler d'une chose qui pouvait s’appeler l’Arménie — à moins que ça ne soit mentionné dans la Bible...

2005-08-01 09:19:34
Siganus Sutor
Dominique : "Réjouissez vous ! Je viens d'ouvrir le nouveau blogue"
Je me réjouis : Hosanna au plus au des cieux champignaciens !

2005-08-01 09:20:40
Siganus Sutor
"Au plus haut" SVP !
(Oulala, il faudrait que je trouve un missel quelque part, moi !)

2005-08-01 09:50:38
Dominique
Le monument date de cette année, donc il ne pouvait pas être mentionné avant.

2005-08-01 13:03:16
Siganus Sutor
Et où se trouve-t-il ? Au bord du lac de Van ou sur le Mont Ararat ?

2005-08-01 13:39:11
Dominique
J'ai eu l'impression que le nom donné dans la dépêche concernait le mont Ararat avec une graphie arménienne non francisée.

2005-08-01 14:28:48
Siganus Sutor
Le mont Ararat alors ? Autrement dit en Turquie...

2005-08-01 14:35:50
Siganus Sutor
Au fait, en passant un jour devant le local d’une association arménienne de Villeurbanne, il était possible de voir derrière la vitre un texte écrit dans un alphabet qui ferait presque penser à du tamoul — quoique d’assez loin (ça avait aussi des formes très arrondies).
Je n’ai jamais revu ce genre d’écriture par la suite.

Écrit par : Commentaires | samedi, 29 juillet 2006

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